Brothers A Tale of Two Sons, un récit fait de bancs

Que serait un voyage sans quelques moments calmes, autrement contemplatifs ? Ces mêmes moments où le temps semble s’arrêter, devant un paysage ou une situation extraordinaire. Les développeurs suédois de Starbreeze Studios, derrière l’excellent Brothers, ont bien compris l’importance et la force de ces précieux instants de plénitude. Ainsi, le joueur est invité à rejoindre les deux frangins de l’histoire, héros modestes d’une épopée inoubliable, voyage qu’ils ne manqueront pas de partager.

L’immersion se fait en douceur. Le joueur ne connaissant pas le monde dans lequel il entre, le parti pris des concepteurs est de ne pas le brusquer en le propulsant d’emblée dans des décors abracadabrantesques ; principe narratif que beaucoup d’autres jeux moins intimistes utilisent pour commencer en trombe leur aventure. Dans Brothers, l’introduction se veut des plus calmes et des plus classiques. Le contexte, rapidement exposé, ne s’enlise pas non plus dans des dialogues à rallonge, car de toute manière la langue parlée y est inconnue. Une fois la rencontre faite avec les deux protagonistes, il est temps de parcourir les premiers environnements. Il s’agit de leur village, de leur région. Ils blaguent avec les habitants, se chamaillent, et s’agitent sur les bancs de la bourgade. A cela près que dans la narration, les arrêts sur les bancs symbolisent ces moments contemplatifs évoqués dans l’introduction. Ainsi, et alors qu’ils s’assoient, un point de vue saisissant se révèle au joueur. De cette manière, ils partagent tous les trois, par le biais du panorama, ce voyage qui débute.

Du classique village du départ, le duo se retrouve désormais à crapahuter dans les hauteurs des environs, tantôt sur les roches, tantôt traversant un cours d’eau. Toujours en immersion avec une certaine délicatesse, le joueur les accompagne dans des environnements simples, familiers, mais charmants. Tandis que, derrière sa manette, il commence à comprendre ce nouveau monde et à s’en imprégner, les deux garçons du récit sont quant à eux en train en train de quitter leur foyer, leur campagne, leur zone de confort. Arrivés alors à un équilibre dans cette relation singulière, tous trois se rapprochent, fin prêts à affronter l’inconnu. Sans dire un mot, les voilà adossés à un nouveau banc. Ils contemplent la beauté de Dame Nature, sans avoir encore connaissance du périple extraordinaire qui les attend.

La construction narrative du jeu est d’une justesse troublante. En effet, une fois passés les premiers environnements assez convenus, l’univers brossé par la suite charme autant qu’il étonne. Teinté de surnaturel, d’architectures improbables, de phénomènes météorologiques inattendus et d’autres créatures inquiétantes, il n’en reste pas moins magnifique dans chacun de ses secrets qu’il révèle. Aux côtés des deux frères, le joueur vit lui aussi l’épopée avec intensité. Heureusement, pour respirer un peu, un banc se trouve toujours non loin. Une minute en apesanteur, dévoilant à coup sûr un paysage à couper le souffle, un horizon encore inédit à tous les participants, qui subjugue autant qu’il donne envie de continuer l’aventure et d’explorer cette Nature à la fois généreuse et redoutable. Le temps des pitreries sur le belvédère du village parait alors s’être déroulé il y a déjà une éternité. Nous sommes maintenant en plein dans le voyage.

 

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