Ni No Kuni, le saccage signé Level-5

Ghibli. Rien que le fait de citer le nom de ce studio, réalisateur de dessins animés tout aussi géniaux les uns que les autres, devrait mettre en joie un bon nombre de personnes. Si ce nom est associé au monde du jeu vidéo, et plus particulièrement au genre RPG, inutile de décrire l’état d’extase du fan ordinaire. Et je suis l’un de ces fans. Ghibli, RPG, Ni No Kuni, et le sang ne fait qu’un tour. Léger problème à l’horizon, un autre nom, un de ceux que l’on n’aime pas trop entendre, celui de Level-5.

Comme c'est mignon.
Comme c'est mignon.

 

Un problème qui date

Enfin, je parle en mon nom, mais je ne pige toujours pas pourquoi Level-5 jouit d’une telle renommée dans le petit monde du RPG. Autant je comprends qu’un jeu estampillé Professeur Layton puisse passionner les foules – il est très bon dans son genre - autant je ne comprends pas qu’un Rogue Galaxy a pu être, en son temps, désigné comme un bon RPG. Level-5 ne connait pas et ne sait pas créer les bons éléments qui caractérisent le genre. Il ne sait pas créer un bon système de combat. Il ne sait pas créer une bonne architecture, ou level design en l’occurrence, pour ses niveaux et ses donjons. Il ne sait pas non plus savamment doser le contenu principal et celui annexe. Bref, Level-5 n’a encore rien compris au genre, mais il sait par contre créer des choses graphiquement réussies. Cela, Square enix l’avait bien compris en 2004, quand ils créèrent, en étroite collaboration, Dragon Quest VIII. Un jeu visuellement somptueux signé Level-5, avec un réglage au poil de cul de chaque élément qui pourrait toucher de près ou de loin au jeu de rôle. Inutile de dire que Square Enix a pris tout le monde par la main et qu’il y a du avoir du boulot derrière tout ça. Un boulot que Ghibli, aujourd’hui, n’a peut-être pas su maitriser de bout en bout... mais en même temps, Ghibli ne sait pas non plus faire de RPG.

Bref, tout ça pour dire que Level-5 s’est royalement planté avec Ni No Kuni (vous aviez perdu le fil, le revoilà).

C'est Motorville, le monde réel où vit Oliver. Son grimoire lui permet de voyager dans le monde magique de Ni No Kuni.
C'est Motorville, le monde réel où vit Oliver. Son grimoire lui permet de voyager dans le monde magique de Ni No Kuni.

 

Un problème qui perdure

C’est toujours très délicat de commencer une chronique comme ça, par un tacle, d’autant plus que Ni No Kuni est loin d’être un mauvais jeu, mais je tenais à mettre le doigt sur l’incompétence du studio responsable. Etant donné le prestige de Ghibli et l’attente fébrile des amateurs de RPG, Level-5 ne pouvait pas se permettre de reproduire les mêmes erreurs, de piétiner un jeu comme celui-ci. Je les déteste, ni plus, ni moins.

Tout d’abord, le système de combat, un pur design Level-5, n’a pas vraiment d’intérêt. Complexe sans raison, seuls les affrontements avec certains boss vous procureront une réelle impression de faire quelque chose. Entre les paramètres qui ne servent à rien et l’intelligence artificielle complètement à côté de la plaque (tiens, ça me rappelle Rogue Galaxy), on a du mal à cerner ce qu’il se passe. On se contente de faire attaquer son familier et de lancer quelques sorts de temps en temps. Cela ne change pas trop des RPG habituel me direz-vous. Certes, mais quand c’est bien réglé, on apprécie. Heureusement, les combats de Ni No Kuni ne durent jamais bien longtemps et on peut facilement les esquiver. Les phases contre les boss amènent un peu de saveur, un peu de timing et de surveillance de jauges diverses et variées. Merci les boss !

Un combat parmi tant d'autres.
Un combat parmi tant d'autres.

Ensuite, parlons un peu du contenu. Les mecs de Level-5 ne savaient pas trop quoi faire, ils ont donc pensé un système à la Pokémon, avec moult familiers à trouver, enrôler et faire monter en puissance. Bien. Les amateurs, huit personnes donc, pourront y passer des heures. Concrètement, ils ne sont pas très différents les uns et des autres et on peut très bien faire toute l’aventure avec les premiers rencontrés. Mais admettons. Nous avons également droit à de (très) nombreuses quêtes annexes. Je serai moins virulent pour le coup, ces quêtes ne sont pas si désagréables à accomplir. Cela devient un peu redondant sur la fin, mais rien à voir avec le fourre-tout de Xenoblade par exemple. Ici c’est plutôt gentil et rapide à dépiler.  De plus, les récompenses peuvent être utiles à la longue, et débloquer de petits éléments de gameplay, comme le saut ou la prolifération d’orbes de soin dans les combats.

Le grimoire, élément essentiel de la version DS, est accessible uniquement dans le jeu sur la version PS3. Agréable à parcourir, son intérêt devient pourtant très, très limité.
Le grimoire, élément essentiel de la version DS, est accessible uniquement dans le jeu sur la version PS3. Agréable à parcourir, son intérêt reste pourtant très, très limité sur la console de salon.

La durée de vie est d’ailleurs assez correcte. Si on met dans le même plat le contenu principal et les quêtes annexes, il faut compter une bonne quarantaine d’heures pour en voir le bout, et cinquante si vous faites partie des huit personnes mentionnées ci-dessus. Malheureusement, ce jeu a un réel problème d’intérêt sur la longueur. Si le début est fabuleux, bien cadré donc, le second tiers bat déjà un peu de l’aile. On sent que Ghibli y a moins mis son grain de sel. Moins de scènes animées, moins de lieux magiques et un ton enfantin remarquablement bien traité qui devient un poil niais. Le dernier tiers, exclusivement ajouté pour la version PS3 (le reste est identique à la version Nintendo DS) et uniquement traité, j’imagine, par Level-5, est un véritable supplice. Ce dernier passage est tout simplement immonde. C’est irrespectueux, autant pour Ghibli qui s’est cassé le cul à écrire une histoire et un univers, que pour le joueur lambda qui l’a vécu. Un donjon final d’une nullité absolue et un tout nouveau pan d’histoire qui n’a ni queue ni tête. C’est mauvais, et vous n’imaginez même pas à quel point. J’ai donc déduit une morale de l’histoire à tout ça : ne jamais laisser Level-5 prendre en charge des trucs. Je les déteste.

Sa Miaoujesté ! La traduction française du titre est remplie de jeux de mots, en général bien trouvés.
Sa Miaoujesté ! La traduction française du titre est remplie de jeux de mots, en général bien trouvés.

 

Un voyage à moindre frais

Je déteste Level-5, mais j’ai pourtant craqué devant certaines facettes de Ni No Kuni. Malgré toutes les horreurs que j’ai dites, ce jeu a quelque chose de merveilleux, quelque chose d’émerveillant. Un RPG classique sur de nombreux aspects, mais doté d’une fraicheur à toute épreuve. On ne va pas y aller par quatre chemins, j’en ai déjà parlé dans un précédent article : Ni No Kuni est une véritable invitation au voyage. La découverte de l’univers du jeu est un sentiment profondément exquis. Ghibli nous a écrit une aventure superbe, des lieux et des personnages emplis de magie. Le style est proche de leurs longs métrages. Il suffit de se plonger dedans quelques heures pour y croire, être emporté là où ils le veulent. Cette version PS3 est peut être identique à la version DS sur le papier, mais le fait même qu’elle soit sur une console de salon change tout. C’est beau, juste beau. Loin d’être une référence technique pour autant (très loin, même), la direction artistique fait le reste. On a l’impression d’être dans un dessin animé. Un peu comme Dragon Quest VIII à l’époque, avec Toriyama et sa patte graphique unique, on vit ici une aventure aux côtés de personnages touts droit sortis de l’univers d’un Miyazaki ou d’un Takahata. Et ce n’est pas seulement à cause de votre écran géant que vous allez ressentir l’envie de voyager, c’est également dans le creux de vos enceintes que cela va se jouer. Joe Hisaishi (Dieu) à la musique, voila une bien belle opportunité. Il n’a pas chômé ou pris le défi à la légère et a composé une des plus belles OST de ces dernières années. A son habitude j’ai envie de dire. En quelques notes, vous serez plongés, que dis-je, entièrement immergés aux côté d’Oliver, le jeune héro du jeu.

La première ville du jeu possède un charme fou.
La première ville du jeu possède un charme fou.

 

Que dire de plus sur Ni No Kuni ? Je suis extrêmement partagé. D’un côté par toute la magie que je lui ai découvert, le retour aux sources du RPG classique, l’Aventure avec un grand A, ou l’émotion, tout simplement. D’un autre côté, le saccage perfide de Level-5 est tout ce qu’il y a de plus évident. Ni No Kuni aurait du être le RPG phare du moment, il n’en demeure qu’un essai raté, toutefois sympathique.

 

Qualités

  • La touche et le savoir-faire Ghibli
  • Hisaishi et son inspiration divine
  • L’univers et les personnages secondaires
  • La sensation de voyage
  • La carte du monde, cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas été aussi réussie dans un RPG

 

Défauts

  • Level-5 aux commandes
  • Un système de combat quelconque
  • Un système de Pokémon quelconque
  • Un level design quelconque
  • Un contenu quelconque
  • Une dernière partie scandaleuse

 

Note globale : 3/5

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8 réflexions sur “Ni No Kuni, le saccage signé Level-5

  1. Ouhh tu es particulièrement virulent sur Level-5 🙂 De mon côté je n’en ai une expérience que par les Prof Layton, donc assez limitée.

    En revanche, ça fait plaisir de lire un avis d’un grand fan de Ghibli, qui est du coup plus nuancé que les critiques élogieuses qu’on a vu un peu partout.
    La question est, pourquoi Ghibli n’a t il pas participé à l’écriture du fameux dernier tiers?

    1. Justement, les articles d’autres fans de Ghibli sont très élogieux, j’ai trouvé.

      J’ai vraiment l’impression que les gens n’ont pas vu le côté « je me fous complètement de votre tronche » made in Level-5. Tant mieux pour eux en même temps, mais il ne faut pas non plus se voiler la face. Ni No Kuni est mal branlé, voire raté. Même si Ghibli redresse tant bien que mal la catastrophe.

      Après, comme toi je me pose également la question du pourquoi. Soit ils avaient baissé les bras car de toute façon ils pouvaient pas rattraper un tel échec, soit parce qu’ils n’ont même pas été informés. Va savoir 🙂

  2. Ah ah, je suis un peu rassuré de constater que je ne suis finalement pas le seul à penser que si Level 5 sait faire du vraiment excellent avec les Layton, ils ne savent pas faire de bons RPGs ^^. Je serai juste encore plus sévère que toi et je mettrai Dragon Quest 8 dans le lot qui m’a vivement déçu et définitivement dégouté de la série à l’époque (Fly a quand même été mon premier manga il y a looongtemps, il fallait donc le faire). Pour moi, c’est un peu les mêmes symptômes dans tous leurs RPGs : une histoire tellement vue et revue qu’elle n’inspire en général que l’ennui, un système de combat poussif et surtout une évolution des personnages tellement lente et laborieuse qu’on se lasse vite de passer des heures en level-up et en collecte de fric, juste pour pouvoir survivre. C’est d’autant plus dommage que bien souvent ça claque au niveau visuel.

    Enfin bref, ce que tu décris dans ta critique, c’était un peu le truc que je voyais se profiler dans la démo de Ni No Kuni, mais j’avais quand même pré-commandé le collector par amour des beaux livres. Finalement, le fait que ces escrocs de Macromafia ne sachent pas respecter un minimum leur client et vendent les jeux pré-commandés trois jours après la date de sortie a finalement peut-être été un mal pour un bien ^^.

  3. Dommage pour la Légende Ghibli… mais prévisible ! En effet, comment imaginer qu’un studio habitué a construire des films d’animation d’une à deux heures parfaitement maîtrisées pourrait faire la même chose pour un RPG vingt ou trente fois plus long?
    On en vient à mon avis à un problème récurrent : la longueur d’un jeu peut nuire à sa qualité, comme cela semble être le cas ici. A te lire, il me semble que si le tout avait été condensé en une quinzaine d’heure, le jeu aurait été bien meilleur, privé de sa partie « foutage de gueule » et évitant l’ennui. Bien sûr, les critiques auraient dénoncées une durée famélique pour un RPG, mais il vaut mieux savoir maîtriser quelque chose de court que se trouver handicapé par trop de longueur. Mais je m’égare, là…

  4. « Enfin, je parle en mon nom, mais je ne pige toujours pas pourquoi Level-5 jouit d’une telle renommée dans le petit monde du RPG. »

    Parce que tu n’as peut-être pas fait les bons. DraQue VIII est une chose, et peut-être ont-ils été chapeautés de près par Horii et Square. En revanche j’ai du mal à voir qui aurait pu leur servir de béquille pour les excellents Dark Cloud et Dark Chronicles, le second restant à l’heure actuelle probablement mon RPG préféré sur PS2. Honnetement je suis pas client des Layton, j’ai trouvé Ni no Kuni très chiant en un sens malgré quelques bonnes idées, et idem pour Rogue Legacy qui pourtant reprenait les grandes lignes de ses ancètres. Mais si on me disait là qu’un Dark Cloud 3 était en cours de dév, je lâcherais tout. Parce que sans parler de révolution du D-RPG, ce sont deux perles que tout amateur se doit d’avoir fait avant de juger le travail du studio.

    Pour revenir à NnK, je te rejoins dans les grandes lignes et j’ai toujours eu du mal à concevoir qu’on le considère comme un jeu génial. Je me suis pris au jeu au début malgré l’histoire pas passionnante, mais le gameplay s’effrite rapidement notamment à cause de l’IA stupide.
    La problématique de L5 avec ce jeu comme avec ceux que tu cites, c’est qu’ils ont définitivement laissé tomber les bons RPG pour créer des licences qui se vendent, en dépit de mécaniques bien huilées. Ça peut passer pour un gosse ou quelqu’un qui veut juste être émerveillé par la patte Ghibli, mais si tu es un minimum exigeant, forcément ça ne va plus.

    Ceci dit y’a pas mort d’homme, et je pense que ton avis est avant tout obscurci ou monté en épingle par ton amour pour ces univers enchanteurs, que tu n’as pas pu apprécier ici. Personnellement, n’étant pas fan du studio au départ, j’ai été déçu mais pas plus que pour les autres jeux parfois mal branlés que je fais tout au long de l’année.

    1. Dark Cloud j’avais pas vraiment aimé. Malgré une certaine aura, le jeu m’avait gonflé au bout d’un certain temps. Du coup j’ai jamais tenté sa suite, Dark Chronicles. Je n’ai pas eu le courage en fait, il me semblait être simplement un Dark Cloud boosté, et j’avais déjà trop donné de mon temps à ce dernier !

      RPG préféré de la PS2 ? Je suis curieux tout de même. Car des excellents RPG sur PS2, il en existe pas mal. Si un jour je ressort le monolithe… 🙂

      « Personnellement, n’étant pas fan du studio au départ, j’ai été déçu mais pas plus que pour les autres jeux parfois mal branlés que je fais tout au long de l’année. »
      > Haha, c’est clair. Je ne sais pas comment tu fais pour te farcir tous ces jeux merdiques pour lesquels t’écrit tes tests.

  5. « RPG préféré » ne veut pas dire « meilleur », et y’en a d’autres qui pourraient y prétendre (Disgaea pour les TRPG par exemple). Mais franchement Dark Chro est excellent. Évidemment il reprend le principe donjons + géorama du premier, mais il gomme aussi ses imperfections (la jauge de soif disparait par exemple, et surtout l’évolution des armes est bien meilleure). Et les personnages ne se dispersent pas comme dans DC, il n’y en a que 2 qui possèdent chacun des transformations, forces et faiblesses. On s’y attache donc beaucoup plus. Après niveau scénar, je dirais osef, c’est surtout les annexes qui rendent le jeu magique. J’ai d’ailleurs bien envie d’écrire un article là dessus 😀

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