L.A. Noire, trop sombre déception

 

Rockstar sait peindre un univers, c’est indéniable. On aime ou non le jeu qu’il y a derrière, mais force est de constater qu’il suffit de seulement quelques minutes pour plonger le joueur au cœur de leur monde virtuel. Un beau décor, un jeu d’acteur convaincant, une situation rocambolesque, et nous voila partis. Ils avaient déjà réussi (doux euphémisme) leur coup avec Red Dead Redemption et ses chevauchées fantastiques en plein Far West, sous la douce lueur d’un coucher de soleil aussi magnifique qu’inoubliable. Ah zut, il s'agit seulement d'un jeu, et ce n'est même pas celui qui nous intéresse aujourd'hui.

Les jeux Rockstar, tellement simple de s'en impregner.
Les jeux Rockstar, tellement simple de s'en impregner.

 

Ainsi, nous allons aborder une autre production Rockstar, estampillée, et à raison, L.A. Noire. Comme Red Dead Redemption, l’univers dépeint est d’une justesse affolante et on s’y croit déjà au bout de quelques minutes. Il s’agit encore d’un monde ouvert, essentiellement urbain cette fois-ci, dans un Los Angeles d’après-guerre. Le polar noir de genre dans toute sa splendeur où l’on contrôle le policier Phelps, un ancien soldat devenu héro de guerre après quelques obscurs exploits au Japon.

Cole Phelps, le détective qu'incarne le joueur, n'est pas si "good cop" que ça.
Cole Phelps, le détective qu'incarne le joueur, n'est pas si "good cop" que ça.

 

L.A. Noire se veut pourtant différent des précédents titres du studio, et il est d’ailleurs développé par les petites mains d’une nouvelle équipe. Il s’agit d’un jeu d’enquêtes policières pur et dur. Quelques séquences d’actions viennent se greffer de temps en temps, mais votre travail est avant tout de trouver des indices et d’interroger les personnes liées de près ou de loin à vos affaires. Ces phases interrogatoires sont importantes, d’autant plus que l’exercice est difficile car chaque personnage à son caractère, ses mensonges, son tact, ses craintes, et il faut bien analyser leurs mimiques (le rendu in-game est vraiment bluffant), faire le tri avec les indices récupérés au préalable et, finalement, discerner le vrai du faux pour enfoncer le clou, ou, au contraire, relâcher la pression.

A vous de deviner s'il raconte la vérité... ou pas !
A vous de deviner s'il raconte la vérité... ou pas !

 

Le concept est absolument génial. Dès la première heure, on s’imagine mener les enquêtes d’une main de fer ; fouiller chaque recoin à la recherche de l’indice effacé qui inculperait la moitié de la ville ; interroger les témoins jusqu’à épuisement ; se tromper ; perdre une piste majeure ; repartir sur d’autres indices et creuser d’autres opportunités ; parcourir la ville à la recherche d’une idée ; siroter un double whisky, sec de préférence ; consulter ses collègues policiers ; mettre de côté une affaire le temps de boucler un évident homicide amoureux ou un dealer peu malin ; faire chanter un suspect ; aller voir un concert de jazz ; observer les gens, leur comportement ; engager une course poursuite et finir dans un mur, ou à la morgue ; réfléchir à l’élément manquant ; bref, être sur une affaire jusqu’au cou, pour une immersion totale, et tout le côté noir que cela implique.

Un indice qui semble important. Une note de musique indique où sont les indices, et s'il faut s'attarder dessus ou non.
Un indice qui semble important. Une note de musique indique où sont les indices, et s'il faut s'attarder dessus ou non.

 

Malheureusement, L.A. Noire n’est pas cela. Je n’ose imaginer un jeu d’une telle profondeur, à vrai dire, mais le fantasme est là et j’y ai cru quelques temps en parcourant les rues du Downtown de Los Angeles, au volant de ma vieille Plymouth. Non, L.A. Noire n’est pas cela. L.A. Noire est linéaire, scripté et, globalement, n’est que de la poudre aux yeux pour les détectives en herbe. Menez à bien un interrogatoire ou faites n’importe quoi, cela n’a pas d’importance. Laissez un indice crucial sur la scène de crime, cela n’a pas d’importance. Renversez des gens dans la rue, détruisez la moitié du quartier avec votre voiture, cela n’a pas d’importance. En réalité, rien n’a d’importance à part les quelques checkpoints obligatoires pour faire avancer l’enquête à peu près toute seule. Le jeu est découpé en une vingtaine d’affaires et la conclusion de chacune n’a aucune incidence sur la suite. Vous pouvez vous tromper de coupable ou prendre de parfaites décisions, le jeu continue tout de même et l’histoire se voit quasi inchangée. Tout est prévu à l’avance, vous n’y pouvez rien.

Et oui, vous semblez libre, vu comme ça. Mais en réalité : vous ne l'êtes pas.
Et oui, vous semblez libre, vu comme ça. Mais en réalité : vous ne l'êtes pas.

 

La supercherie éclate au bout de quelques heures, et pourtant on a envie d’y croire, encore. On continue l’aventure, aux côtés de ces personnages hauts en couleur, tout en sachant qu’au final, tout le monde (le jeu, quoi) s’en fout de ce que l’on peut penser ou faire. L.A. Noire est un jeu terriblement frustrant, à l’image des courses poursuites, à pied ou en voiture, scriptées de bout en bout et qui ne dénotent d’aucun effort de gameplay particulier. En réalité, on s’ennuie pas mal, déroulant inexorablement le tapis rouge du fil conducteur prévu par les scénaristes. Heureusement, le jeu d’acteur est magnifique et les histoires, brillamment racontées. L’ambiance est raffinée et la ville de Los Angeles des années 50, parfaitement modélisée. Le souci du détail est là, et on découvre des quartiers et des monuments historiques à tous les coins de rue. Chapeau bas pour la forme, c’est vraiment ce qui m’a donné l’envie de terminer le jeu, car pour le reste, la déception n’est même pas quantifiable.

Le plus fou, c'est que plein de badauds ou des personnages complètement secondaires vous diront plein de trucs différents, et c'est souvent très drôle et d'époque. Superbe reconstitution !
Le plus fou, c'est que plein de badauds ou des personnages complètement secondaires vous diront plein de trucs différents, et c'est souvent très drôle et d'époque. Superbe reconstitution !

 

L.A. Noire n’est donc pas une véritable simulation policière comme on aurait pu le croire au premier abord, mais c’est en tout cas la meilleure simulation virtuelle de polars noirs Hollywoodiens, avec la meilleure brochette d’acteurs vidéoludiques, la meilleure modélisation et les plus beaux envols de Borsalinos troués lors des fusillades. 

 

Qualités

  • Parfait sur la forme
  • Des dialogues très bien écrits (et interprétés)
  • Le final, passionnant

 

Défauts

  • Une vaste supercherie
  • Scripté de bout en bout
  • Interface peu pratique (carte, carnet d’indices, …)
  • Un moteur physique un peu trop surprenant pour être crédible

 

Note globale : 2.5/5

________________________________

 

Une réflexion sur “L.A. Noire, trop sombre déception

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *